vendredi 31 octobre 2014

Le Poète de Gaza

Babel noir  est une belle collection chez Actes Sud, elle propose des polars du monde entier. Mais parfois le polar s'efface pour nous entrainer dans un histoire plus complexe, plus nuancée  et où les personnages l'emportent sur l'action, laquelle ne devient qu'un alibi, ce que Hitchcock appelait le "Macguffin"...

Vous vous rappelez de ce petit polar de Liad Soham dont je vous avais parlé "Tel Aviv suspects",  même si on retrouve cette ambiance dure et âpre qui règne dans la société israélienne, il s'agissait d'une véritable intrigue meurtrière.

Dans "le Poète de Gaza" de Yishaï Sarid le roman est prétexte à nous faire découvrir la complexité des rapports entre un israélien plutôt "ouvert" par rapport à la culture arabe et la société israélienne réelle à laquelle il est confronté. Son travail au sein de la sécurité intérieure lui a fait perdre toute capacité au dialogue et même à toute sociabilité. Sa rencontre avec cet autre monde que représente le poète de Gaza va bouleverser sa vie. C'est comme un hymne désespéré pour la paix impossible.

"- Un jour toutes ces barrières tomberont et on vivra ensemble, assura Dafna....
  - Ces temps là ne viendront qu'après nous, ma chérie...aujourd'hui, ce sont les fous qui sont aux commandes, et eux se fichent de la mer. Ils réclament des montagnes".


dimanche 26 octobre 2014

Le Livre d'Artiste ... suite 3

Le Livre d’artiste est un objet culturel difficile à cerner…

De l’Ecole des  Chartes à l’E.N.S.S.I.B, nous pourrons ouvrir des pistes.

Un livre d’artiste est un livre auquel un artiste plasticien a participé ou qu’il a entièrement réalisé.
Un livre de peintre contient des compositions originales d’artistes plasticiens.
Un livre objet est un objet prenant l’apparence d’un livre, ou un livre qui présente des particularités pouvant le faire assimiler à un objet d’art.
Ces définitions ne sont pas toutes fixées et font l’objet de discussions.

Le livre d’artiste est au croisement entre l’univers du livre et celui des arts visuels. Il occupe
une place singulière, la dernière en date, dans la longue histoire des rapports de l’artiste et du livre, dont les étapes marquantes sont au Moyen-Âge les enluminures des manuscrits, à la Renaissance l’apparition du livre illustré imprimé, et, au tournant des XIX et XXe siècles, la naissance des livres illustrés par les peintres, qui constituent un genre artistique autonome.
 




Bien, nous voici mieux armés, mais le doute peut se produire à la lecture de l’avis des plasticiens sur le même objet :




Nés dans les années 1960 les livres d’artistes sont une des expressions de l’art conceptuel, tant dans le propos que dans la forme des œuvres. Les artistes conceptuels voulaient un art qui ne soit qu’une exploration de lui-même. Ils prêtaient également attention au contexte et à la présentation de l’œuvre. En effet, le choix du livre comme médium répond à un souci de forme et apporte de l’intérêt au sens de l’œuvre. Si les artistes, depuis les années 1960, utilisent ce médium, c’est parce qu’il peut toucher tout le monde, c’est un objet commun proche du quotidien. On y est habitué, il y en a dans tous les foyers, toutes les institutions. Cette utilisation du livre reflète donc un désir de se rendre plus accessible, plus visible. Les livres d’artistes veulent donc être placés au même statut que les autres livres. Dès sa naissance dans les années 1960 et durant les quarante premières années du livre d’artiste, certains tel que Peter Downsbrough ou encore Christian Boltanski, ne s’embarrassaient pas du circuit éditorial classique. Ils passaient par des éditeurs occasionnels, souvent galeristes, commissaires d’expositions ou encore critiques d’art, et préféraient parfois même l’autoédition.
Contrairement au livre, le livre d’artiste se veut maître de lui-même afin de pouvoir exprimer au mieux sa réflexion. Les artistes étaient contre le tirage limité et la numérotation, ils utilisaient des procédés peu coûteux et rapides telle que la photocopie et proposaient parfois la gratuité de leurs livres. On voit ici tout le sens du livre d’artiste : aller à l’encontre du système de l’art et de son marché, exprimer une réflexion au travers d’un médium approprié et se rendre accessible. Ils ont ainsi mis en route « une nouvelle façon de faire de l’art » comme le dit Anne Moeglin-Delcroix..



Ancien si on se place dans une logique de livre ou récent  dans la vision des plasticiens...alors?



mercredi 22 octobre 2014

Livre d'Artiste ... suite 2

Le Lieu,  la scénographie



Le lieu doit être à la fois visible, sans être un passage continu. C'est là toute la difficulté: il faut que le public puisse y venir facilement, avoir l'envie de découvrir ce qu'il entrevoit dans un espace qui semble comme privilégié (c'est comme du marketing,  offrir une sensation de V.I.P).
En même temps, ce lieu doit aussi être préservé, des bruits parasites,  des passages fortuits, etc.


La scénographie  doit être adaptée au lieu, mais elle doit également rester exigeante. Ce délicat compromis passe par  un matériel minimum à acquérir ou à emprunter:

Présentation

-  quelques vitrines pour les oeuvres non consultables,
-  des consoles ou des caissons pour celles qui peuvent être parcourues,
les fonds doivent rester neutres

Disposer à part en 2ème rideau les ouvrages de référence

Eclairage

Peu de lampes visibles: choisir des led (si possible) ou de mini-spots
ou alors comme ci-dessous, jouer le jeu lampes de lecture...

Pour la médiation écrite

Un niveau d'information à calibrer: ni trop, ni trop peu  
pas trop savant, pas trop basique --> préférer une petite histoire qui va se poursuivre de cartel en cartel!


Disposition minimaliste:




Disposition intermédiaire:




Disposition spécifique et/ou thématique:




dimanche 19 octobre 2014

Le Livre d'artiste...suite 1


LE THEME


Tout d'abord il va falloir trouver un thème:

1/   pour une meilleure clarté de votre exposition,
2/  pour communiquer plus facilement à son propos.




Le thème pourrait être lié à votre ville, à votre région. Exemple sur Toulon, ce sont les voyages, les découvertes, qui peuvent servir de support à cette exposition.

(archives bnf)   


Ce thème pourra se retrouver dans des ouvrages de complément: préparer une bibliographie de référence  et mettre à disposition les ouvrages que vous pourrez présenter.

En zone rurale,  la référence aux produits doivent être rapportés au domaine culturel (que ce soit, le liège, le bois, la vigne, le blé, les animaux, etc.)  il ne faut pas se laisser aller vers un autre domaine, tourisme, gastronomie, sinon il y aura une perte de sens. Se concentrer sur le symbole, sur les références culturelles.







En zone urbaine, les thèmes peuvent être humains, architecturaux, etc.



L'important est de pouvoir facilement trouver les oeuvres...un peu de pragmatisme ne nuit pas!




jeudi 16 octobre 2014

Exposer des livres d'artistes...une solution pour une médiathèque

Bien sûr  il faudrait d'abord définir le livre d'artiste: vaste entreprise...entre les livres d'art, les livres illustrés et les livres de poésie et d'artiste...il y a de nombreuses éventualités.

Non, soyons exigeants, je vous parle là, de véritables petites oeuvres d'art, où l'ensemble livre et contenu est comme un installation plasticienne.

Dans chaque région, il existe des artistes qui réalisent de telles oeuvres, à vous de trouver ces petits incunables. Une fois oeuvres et artistes trouvés, à votre charge de les mettre en valeur. Un bel éclairage ne gâche rien, et une vitrine peut éviter bien des déboires. 

Ensuite il faut apporter une médiation à votre exposition. Souvent il vaut mieux éviter l'artiste, lui même, ou alors se contenter de lui faire lire ou décrire des passages. Il faudra trouver une personne experte qui fera une exégèse de ces livres d'artistes.  

A peu de frais, vous pouvez ainsi proposer une exposition de qualité, peu encombrante et enrichissante!

De plus en plus de jeunes artistes débutent par ce type d'oeuvres et trouvent des formes de plus en plus originales.  Bonne chance!



lundi 13 octobre 2014

Vive le roman de gare!

Oui, je sais, 
ça fait "démago", mais bon, parfois, un petit bain de peuple peut faire du bien à la boursouflure culturelle.

Je n'aime rien autant que découvrir un auteur...une auteur (les temps sont durs pour les dinosaures de mon acabit), et pour cela, je suis prêt à acquérir un livre d'une édition qui pincerait le nez à certains.

Ma dernière trouvaille relève de cet incroyable manque de discernement chez moi!
l'objet de mon délit de mauvais goût s'appelle "Capturée", c'est le premier roman d'une certaine Elizabeth Heiter.  La preuve de mon indignité c'est l'éditeur :  "Harlequin", l'éditeur de Barbara Cartland, le roman à l'eau de rose, le comble du kitsch littéraire. En voyant cela, prisonnier de mon "habitus" chic et intello, j'ai failli reposer ce bouquin et l'oublier à jamais dans l'enfer des livres de "basse extraction". Mais non, il y avait encore des électrons de curiosité qui l'ont emporté sur ma censure "bien pensante".

Je me suis installé dans le coin "coffee" de la librairie et en buvant un "lapsang souchong" et en picorant avec difficulté dans un canelé caoutchouteux, j'ai commencé à lire ce petit opus.

Et bien, chers lecteurs esbaubis, j'ai aimé ce que j'ai lu, et quand bien même l'histoire n'est pas très originale, les personnages et le tempo sont bons  et je pressens que ce petit polar me donnera plus de plaisir qu'un "Harlan Corben" qui répète pour la "nième" fois la même intrigue remaquillée.

Donc "bas les masques" j'avoue que pour un temps, je me vautre dans la littérature de gare et que si ces éditeurs donnent leur chance à de jeunes auteurs, pourquoi ne pas les lire, si ce n'est par arrogance et par mépris fort mal placé.



vendredi 10 octobre 2014

Un endoctrinement si banal...

La méthode est toujours la même, et pourtant elle reste efficace.

1/ Le manipulateur repère un "contexte" favorable:

-  isolement  de la personne,
-  perte de repères,
-  fragilité physique ou psychique.

2/ Le manipulateur accentue ce contexte:

-  augmentant l'isolement  sous des raisons de risques extérieurs pour la personne,
-  en allant entièrement dans le sens de la perte des repères dans sa vie actuelle.

3/ le manipulateur  avance ses solutions:

-  tout d'abord, les principes sont généreux et très larges (aide à la souffrance, entraide et assistanat),
-  il bâtit un premier projet qui va attirer la personne (humanitaire, bénévolat),
-  il entoure la personne d'un réseau qui parait la comprendre et n'a d'autre but que de l'isoler davantage.

Le plus souvent ces premières approches sont discrètes et difficiles à repérer pour les proches de la personne.
Seul un changement radical d'attitude qui passe très rapidement de l'abattement  ou de la nervosité à une sorte d'accalmie peut être signe de ces approches. Le problème réside alors dans la méprise de l'entourage qui ne demande qu'à croire à une amélioration de la neurasthénie de cette personne.

Le premier à s'être vraiment intéressé à ces alertes et à ces prémisses c'est l'écrivain Roger Ikor qui à cause de la malheureuse expérience vécue avec son fils a décidé d'écrire sur ce détournement d'âme, d'alerter le public et les pouvoirs publics. Le Centre Roger Ikor  reste le plus "avancé" sur ces sujets.

Depuis des spécialistes comme le psychiatre Jean Marie Abgrall ont renforcé ces alertes. Mais ce phénomène atteint désormais des domaines très divers:  non seulement des sectes pseudo religieuses mais des domaines  liés au terrorisme. Ce n'est pas du disciple qui est recherché mais bien de la chair à canon.

Désormais c'est Dounia BOUZAR qui a complété cette aide pour ce domaine spécifique du contexte syrien.

Roger Ikor  "Pour une fois, écoute mon enfant"
Jean Marie Abgrall   "La mécanique des sectes"et "Tous manipulés, tous manipulateurs"


Centre Roger IKOR

Centre de Dounia BOUZAR


mardi 7 octobre 2014

Art et Science Fiction ... Toute une histoire!

L’art  et la science fiction…


On traite généralement de l’art et de la modernité , mais l’artiste a su également aller au delà du réel et se projeter encore plus loin…

Sans même parler de l’art abstrait qui cherche à dépasser le matérialisme effréné de son époque, il existe un courant fasciné par ce modernisme mais qui réfléchit à la durée , c’est le futurisme, né en Italie,  qui accompagne la grande guerre, mais qui ne survit pas à 




l’arrivée du fascisme dans les années 20.   Parfois les surréalistes vont « toucher » aux limites de la science fiction, par la « dérision » du monde.  Ils rejoignent les émules du mouvement Dada qui « désenchantent » le monde pour enfin ouvrir un futur qui les passionne.

De Duchamp à Dali, et de Picasso à Tinguely, ce monde hyperréaliste fascine, dans sa candeur et sa foi dans le progrès.  Finalement l’Art contemporain semble issu de ce constat d’échec de la modernité.  






Des courants divergents de l’art ont à nouveau frôlé les côtes du continent science et progrès :  nous allons ainsi découvrir l’Optique Art  (Vasarely, Julio Le Parc)  et   un courant qui va suivre les découvertes technologiques jusqu’au numérique et à la cybernétique (Mark Hansen et Ben Rubbin, ou plus proche de nous France Cadet).  Et encore, je n’aborde pas tous les courants, reliés au G.P.S ou à Internet (Brownser art, mashed up, glitch art, etc.)



Mais il existe également un courant, même si les puristes le considèrent comme trivial et marginal à l’art : c’est le dessin et la Bande Dessinée.




Nombreux sont les dessinateurs qui sont obsédés par la construction d’univers hypothétiques et utopiques :  Moebius (Giraud), Schuiten, Jodorowsky, et Bilal)

En ce moment mon travail m’a amené à m’intéresser à ce dernier.  La science fiction traditionnel n’est pas directement traitée dans l’œuvre d’Enki Bilal.



Loin d’entièrement réinventer un monde, une société avec tous ses codes et ses valeurs, il va chercher à décrire un monde « décalé » du monde réel : comme une translation sur un axe où tout va glisser légèrement les avions ressemblent à des petits vaisseaux, les humains sont diaphanes, meurtris, les quartiers ressemblent aux nôtres mais après une guerre.  Par ailleurs, il va introduire des éléments assez baroques pour rompre avec le quotidien. Une vision assez pessimiste mais aussi romantique et lyrique de la société. Mais son romantisme ne le pousse entièrement vers la désespérance, et il espère toujours un retour de l'humain qui serait plus respectueux de sa planète et des animaux.  Techniquement, c'est un vrai créateur, car il a fait évoluer son domaine pour quelque chose qui n'est ni complètement B.D, ni peinture...c'est la marque d'un artiste authentique!

lundi 6 octobre 2014

APPEL a LUTTER contre LES MANGEURS D'AMES...

Nous sommes des "cultureux",  nos armes ce sont les mots, nous savons bien les manier. Nous connaissons bien aussi les armes lourdes que sont les concepts, alors c'est un devoir de mettre ces compétences au service d'une vraie cause: tous ces jeunes esprits qui sont abusés par des dealers de faux espoirs, de fausses croyances et de mort in fine.

Donc rassemblons nos forces: cela signifie démolir leurs arguments délirants, inexacts mais efficaces, et amener les nôtres, essayer non seulement de détruire les inepties professées  par ces "assassins" de l'âme, mais surtout amener d'autres valeurs que ces jeunes désemparés devraient plutôt suivre. 

Et là, ne vous méprenez pas, il ne s'agit de faire la morale mais de donner des structures , une autre fenêtre sur l'avenir...

C'est pas facile, mais ça me parait urgent et pour une fois nos neurones et notre mémoire seront utiles à d'autres...  répondez moi, trouvons les armes qui battront ces salopards sur leur terrain...celui de l'esprit!

Faites moi des retours   en mettons en place une méthode de travail  pour nous donner les outils nécessaires  aux associations qui cherchent à aider les familles désemparées devant cette nouvelle forme de drogue.

jeudi 2 octobre 2014

Vieux débat...nouveaux artistes: la BD est elle un art?

Qu'est ce qu'un art?       

Vaste question...  mais à laquelle on peut déjà  poser quelques éléments de réflexion.

Procédons à l'envers...un domaine peut être considéré comme "art" si il comporte des artistes, d'où l'autre question piège:  qu'est ce qu'un artiste?

Je peux d'abord répondre en terme de création, elle même:

- il faut d'abord  que le créateur se pose en artiste   dans sa pratique comme dans sa démarche,
- cela signifie vouloir que sa production fasse évoluer une esthétique ou une approche conceptuelle,
- ensuite, il faut que sa "production" soit des plus limitée, sinon c'est un processus commercial classique,
- enfin, il faut que cette production soit "validée": pour ce faire, elle doit être exposée dans des lieux dédiés et/ou être acquise par des collectionneurs reconnus.

Ensuite, il va s'agir d'une véritable campagne d'opinions  ou de l'adhésion de nouveaux publics qui entraîne une pratique culturelle vers le statut d'art. C'est  un peu flou, mais c'est un long processus  qui a amené par exemple le cinéma vers son statut de 7ème art. Et encore, les puristes savent que tout un domaine ne fait pas "art"... certains films sont purement commerciaux,  comme certains types de photographies ne font pas "art".


Je vais prendre en exemple le cas de Enki Bilal, car nous allons l'exposer bientôt (www.hdatoulon.fr)

                                            Il me paraît remplir ces nombreuses conditions:

En 1990, dans ses interviews il ne se considérait pas comme artiste, mais comme un bon dessinateur, et une sorte d'artisan...puis, il y a eu un tournant; une rencontre avec un galériste  qui a changé son appréciation et sa position.  Sa technique également a évolué et lui a permis de se sentir "artiste", il est passé du stade classique de la BD: encre de chine, contours, puis réglage et choix des couleurs, et enfin la réunion dessin+couleurs.   Non, désormais, sa technique est directe, plus "picturale", il  fait le crayonné puis il scanne le résultat et passe dessus au pastel ou à la peinture.




Pourtant  depuis "le sommeil du monstre" combien de débats sur le fait qu'Enki Bilal ne fait plus de la B.D, que ses histoires n'en sont plus. Il a rompu les codes...et cela c'est peut être le vrai signe de reconnaissance d'un artiste,  s'être libéré des contraintes et faire avancer une pratique.









Pour agrémenter le débat:    



1/  un article du Figaro


http://www.lefigaro.fr/bd/2012/10/29/03014-20121029ARTFIG00332-de-la-bd-consideree-comme-un-des-beaux-arts.php