vendredi 28 novembre 2014

Une exposition pour votre médiathèque l'Architecture / 3 Les objets à exposer, la photographie

Nous disions donc qu'il y avait plusieurs objets à considérer:


les photos (le plus facile à trouver ou à faire)
les plans (il faut l'aide du ou des architectes qui nous accompagnent)
les croquis (là il faut vraiment le soutien de la maison de l'architecture et/ou de fond spécialisés)
les maquettes (idem)

Au rayon des photos, il y a 2 sortes de photographies qui vont se présenter:

les photos de cabinet d'architecte qui sont utiles à l'avancée du projet ou à sa commercialisation


Parfois ce sont même des images numériques façonnées en 3D.

Sinon, vous trouverez de véritables photos d'artistes sur l'architecture. Certains photographes sont fascinés par les volumes construits ou par l'urbanité:

Stéphane Couturier    

Ou    de Gabriele Basilico




Notre exposition va devoir choisir soit de prendre un axe plutôt technique (ce seront les premières photos qui seront à retenir)   ou bien plutôt artistique (ce seront les secondes qui seront à privilégier).

Mélanger ces 2 axes est possible, mais la difficulté sera alors de donner du sens et de faire une "narration" qui justifie le passage du technique à l'artistique!

mardi 25 novembre 2014

Petit Polar à ne pas lire à Pôle Emploi...


Ce n'est pas un livre récent, même si, hélas, il est toujours si actuel!




Comme son héros Alain Delambre, Pierre Lemaitre, en bon romancier, va explorer les plis de notre société. 

Pourtant il ne paraît pas facile de faire vibrer le lecteur avec le chômage des seniors...pourtant cet excellent écrivain y parvient.

Un style précis, rigoureux, des personnages bien installés et une intrigue superbement menée: voici les ingrédients d'un bon bouquin.

"- C'est la société qui est sale, je dis. Pas les chômeurs."


A vous de lire!

dimanche 23 novembre 2014

Une exposition pour votre médiathèque : L'Architecture 2 / le choix de la thématique

C'est certainement l'étape la plus délicate: il faut trouver le bon niveau et faire un choix adapté à votre contexte local.

par exemple, dans ma bonne ville de Toulon, je peux avoir plusieurs choix:

- un choix assez patrimonial, qui reposera également sur un fonds littéraire et une véritable histoire locale:

- les maisons et villas balnéaires de 1850 à 1930 :
ce choix va permettre d'arborer le style rococo, le style nouille  et le début de l'art déco.
Il va également me permettre de traiter de la littérature anglaise sur la côte et sur cette immigration balnéaire et saisonnière.

- ou bien l'héritage de Mallet-Stevens (Villa Noailles) sur l'architecture contemporaine.
ce qui me permettra de traiter de la modernité  et du design art déco...

ces 2 voies sont tout aussi riches de développements.





Comme nous l'avons déjà vu, vous devez faire un état des lieux, c'est à dire découvrir les ressources sur lesquelles vous pouvez vous appuyer, et ensuite commencer à "construire" votre exposition. 

- Votre conseiller, commissaire d'expo pourra être un architecte soit en activité, soit à la retraite,
- vos choix thématiques seront également dictés par les objets culturels que vous pouvez exposer.

1/ Vous devez retenir  un courant architectural qui est présent dans votre région,
2/ Vous devez également avoir un ou des architectes contemporains qui sont restés dans la ligne de ce courant avec des évolutions techniques.

Une fois ceci obtenu:   voyons si en plus des photos, vous pourrez obtenir les archives (plans, dessins et esquisses) de ces constructions. Voyons également si vous pouvez trouver grâce à votre architecte bénévole, un ou deux experts (enseignants en école d'architecture) qui seront ravis en échange de défraiement, pour venir éclairer vos choix d'exposition.


Si tout cela est faisable, votre exposition est sur de bons rails!

jeudi 20 novembre 2014

Un autre objet d'exposition: l'Architecture / 1 prémisses

Oui  je sais, je vous entends, vous n'y connaissez rien... Et bien, Justement!






Tout le monde a une idée sur l'architecture, c'est pour cela que c'est un médium de connaissances "épatant". Mais surtout il y a plusieurs raisons à faire ce choix pour organiser une exposition:

-  Il existe de nombreux "objets culturels" autour de l'architecture:  dessins, esquisses, plans, maquettes, photos  et enfin bâtiments en construction ou déjà réalisés.

- il existe des organismes qui peuvent apporter leur aide à nos projets: 
1/ dans chaque région, il existe une Maison de l'Architecture et de la Ville  qui dépend de l'Ordre des architectes et peut apporter son soutien conceptuel et technique,
2/ dans chaque département, il y a un C.A.U.E  (comité pour l'architecture, l'urbanisme et l'environnement) qui va apporter son aide sur la technique et le bâti.

-  Il semble également facile de trouver un ou des partenaires architectes, dans mon village ou ma ville.  

- il faut aussi trouver des "bâtiments" déjà construits ou en construction qui serviront de référence locale.


Voilà  faites un état des lieux et si vous disposez de ces éléments pré-cités alors nous pourrons passer à la deuxième étape...

dimanche 16 novembre 2014

Le Livre d'Artiste suite 8






Bon,  maintenant que ce petit historique indispensable est fait, je vous propose de reprendre là où nous en étions lors de "suite 2".

Je vous ai parlé de scénographie et d'un début de médiation, soyons plus clair!


-->  Il faudra prévoir une médiation à 2  voix: une plutôt texte, livre...l'autre plus plastique, esthétique.
Cela va permettre de rendre plus vivant le parcours  et cela va plaire aux différents publics. Dans une médiathèque, forcement ce sera l'aspect livre, textes qui va l'emporter par habitude. Aussi il faut corriger ce petit défaut compréhensible par une parole plus "artistique".

Il faut également mettre en place une "narration", une histoire qui va apporter un fil rouge, une cohérence à tous ces objets culturels: la thématique est alors importante.

Exemple: je travaille actuellement sur une exposition et une conférence sur le livre d'artistes dont la thématique est "voyages, errances".  
Cette thématique est du "pain béni" pour un médiateur car elle permet de tracer un parcours dans le temps et/ou dans l'espace.       

-->   Une fois ce parcours défini, il faut donner un cadre au "voyage" dans ces lives d'artistes, raconter une histoire: partir des racines (le sacré),  aller vers l'esthétique et les techniques et enfin expliquer pourquoi
 cet objet culturel devient synonyme de rupture...
Quand ce cadre d'histoire est défini, il faut lui donner contenu selon les âges et l'expertise du public.

Ne jamais oublier de donner la parole au public...qu'il puisse même vous couper...à vous de garder le fil!



mercredi 12 novembre 2014

Le Livre d'Artiste suite 7

La révolution numérique...




                                      empruntée à l'Ecole Supérieure d'Art  d'Aix en Provence




...vue de l'E.N.S.A.D        Ecole des arts décoratifs     (angle  art)

L’objet livre face au numérique vient soulever des problématiques propres à la rencontre de deux médias. Les productions d’artistes abordant ces questions s’inscrivent dans un champ de tensions se développant entre livre papier, livre-objet plastique et livre numérique.Le livre papier édité s’inscrit dans une économie (d’offre et de demande, de reproductibilité) – dont le livre d’artiste (pièce unique, fanzine ou multiple) s’émancipe. Sa lecture s’accompagne d’une certaine transparence de l’énonciation éditoriale, de l’oubli du support matériel au profit d’une recherche d’“immersion” (en particulier dans les textes de fiction), jusqu’aux jeux plastiques les plus divers. Cette dernière démarche interroge la forme du livre-objet. Celui-ci déborde de la définition traditionnelle du “livre”, jusqu’à, parfois, la mettre à mal. Des expérimentations d’artistes sur les formes plastiques, le volume et le support attribués à ce livre-objet mettent au défi les pratiques de lecture.


Nous distinguerons le livre numérique du livre homothétique de format pdf ou de certains ePub, dont la forme se contente d’imiter le livre papier. Il ne s’agit pas non plus d’un site Web au sens classique du terme : un support au contenu extensible et dont la forme ouverte (Eco) est difficilement circonscriptible par le lecteur. Ce qui fait livre dans le numérique est une forme autoportée, circonscrite, quoique dynamique et parfois non linéaire, et dont l’essence n’est pas nécessairement littéraire ni textuelle. L’éventuel paradoxe du “livre” numérique se résout dans une adéquation totale entre les particularités du support au service d’un contenu pensé nativement pour celui-ci."

L'auteur redéfinit ainsi quelques règles qui s'appliquent au numérique. Cette position est ouverte car elle ne rejette par nature le livre numérique en tant que "livre d'artiste" mais elle pose certaines conditions: essentiellement une: l'intention qui était derrière la création!






...vue des "geeks"                                 (angle numérique)


 Inventons le livre d’artiste numérique !
Le livre électronique a (déjà) 40 ans (le même âge que moi !) grâce à Michael Hart, créateur du Projet Gutenberg, qui nous permet d’accéder aujourd’hui à des milliers de livres numérisés. L’activiste américain avait rapidement compris que l’ordinateur n’était pas seulement un super calculateur mais offrait une mémoire de stockage presque illimitée et que les usages de lecture allaient changer avec l’informatique domestique et la généralisation des accès au Web.
Quarante ans après, le souci, c’est que sur Gutenberg et autres bibliothèques en ligne, on ne trouve presque que des livres tombés dans le domaine public : idéal pour réviser ses classiques mais pas super contemporain non plus. Quant au rayon livre d’artiste... c’est carrément le désert !
2011, la foire aux tablettes !
Apple avec son iPad, la tablette qui fait presque tout, serait en train de révolutionner la lecture. 2011 est de fait l’année des liseuses technos : Ipad 2, Kindle DX, Iphone 4, FnacBook, encre électronique, écran couleur, tactile ou pas, multi-touches... c’est une drôle de foire dans les supports de lecture, idem du côté des formats, propriétaires ou ouverts... Cette ébullition ne donne pas toujours envie de pratiquer la lecture numérique nomade, encore moins de se lancer dans la création d’un livre numérique, même si 12% des Américains possèdent maintenant une liseuse.
Alors quoi, que peut-on offrir de nouveau, comment expériementer en tous genres ? Du côté du texte courant (romans, thèses...), le passage à la liseuse numérique n’est pas compliquée : l’écrit s’adapte assez bien aux supports de lecture numériques. Du côté des livres d’artistes, c’est une toute autre histoire voire une toute autre culture à inventer.



Le livre numérique : ergonomie et fabrication, selon Hervé Le Crosnier, maître de conférences à l’Université de Caen :


"J’ai cherché sur le Net quelques livres d’art dans ce format et sans DRM… et je n’ai pas trouvé grand chose, mis à part le projet de Franck Ancel, « Du LIVRE de Mallarmé au livre mal armé ».
Pour faire un eBook en ePub, c’est cependant assez simple : téléchargez Sigil, un éditeur multiplateformes gratuit et open source, insérer des images, du texte, des métadonnées... Et c’est prêt. Testez-le sur votre iPhone ou un lecteur comme Calibre, c’est bon ? Si vous faites partie des accros du logiciel de PAO InDesign, la dernière version permet un export de votre publication au format ePub !"

dimanche 9 novembre 2014

Livre d'Artiste Suite 6


Un exemple d'évolution...

TITRER

JULIEN NEDELEC     
zédélé éditions

4 bis, rue Danton
F-29200 Brest
Tél. 02 30 86 27 85
E-mail : contact(a)zedele.net


Anne Moeglin-Delcroix insistait donc sur le rôle d'avancée démocratique dans la domaine de l'Art contemporain par le truchement du livre d'Artiste.  Le débat littéraire lui a alors semblé insuffisant et A.M.D  s'est engagé dans l'action, c'est à dire qu'elle a accepté de participer à des actes d'édition.   Mais, toutefois, elle va demeurer dans les champs les plus "classiques" de l'art sans s'aventurer sur les pistes numériques et néo-technologiques. Bien sûr, on ne peut aborder tous les champs, mais je crains une réaction qui ne permette pas réellement au livre d'Artiste de s'inscrire dans le XXIème siècle. (votre serviteur)
En remerciant les éditions Zédélé:
"Les livres d’artistes de ces dix dernières années sont donc l’expression fidèle de cette volonté d’accessibilité à l’art. Néanmoins, une grande partie de l’histoire du livre d’artiste reste encore méconnue et inatteignable. Ainsi, les livres d’artistes de la deuxième moitié du xxsiècle ont pour beaucoup été engloutis par le marché de l’art. Les éditions Zédélé, jeune maison d’édition spécialisée en livres d’art et d’artistes, s’est lancée le défi de rendre à ces livres leurs objectifs premiers.
L’initiative des éditions Zédélé face à cette situation
La maison d’édition Zédélé, installée à Brest depuis 2002, édite des livres d’artistes, des monographies et des livres de photographies. Son travail s’articule le plus souvent en collaboration avec l’artiste afin d’atteindre la forme la plus juste dans le concept originel. Touché par le manque de contact possible avec le livre d’artiste, Galaad Prigent, l’éditeur, a fait naître une collection de rééditions de livres d’artistes, « Reprint », qu’il a placée sous la direction de Anne Moeglin-Delcroix et Clive Phillpot5, deux grands spécialistes en la matière. Le désir était de redonner au livre d’artiste sa nature première, c’est-à-dire de le rendre plus accessible, tant par la quantité d’exemplaires que le prix et les lieux de vente. Chaque livre de la collection est tiré entre 1 000 et 2 000 exemplaires et une fois épuisés, ils seront réimprimés dans la mesure du possible. Ils sont diffusés et distribués sur le territoire dans les librairies généralistes et spécialisées par Pollen Diffusion et par Zédélé elle-même en ce qui concerne également l’étranger. Le projet est donc de rééditer tous les ans quatre grands livres d’artistes majeurs qui ont joué un rôle important dans l’histoire de l’art contemporain et dans la pratique de leurs créateurs. Ces livres ont été publiés en 2012, après deux ans de travail. Il s’agit de Wit-White de Herman de Vries, (plusieurs éditions en 1960, 1962, 1967 et 1980 chez d’autres éditeurs), Notes on location de Peter Downsbrough, South America de Richard Long et Green as Well as Blue as Well as Red de Lawrence Weiner (les éditions originales de ces trois derniers datent de 1972). 
Herman de Vries a conçu la première version de Wit-white en 1960 dans une période où il réalisait des monochromes blancs. Cest un livre totalement blanc, qui a connu trois versions, la présente réédition est issue de la dernière version. Le titre original qui signifie « esprit blanc » est traduit en anglais en japonnais et en sanskrit. Il s’agit du blanc dans le sens d’immaculé. Le titre n’est pas sur le livre mais imprimé avec le paratexte sur une large bande de papier faisant office de bandeau. Le blanc, loin de n’être que du vide, ouvre toutes les perspectives et les possibilités. Chacune des trois versions fut une exploration de l’expression du blanc et des possibilités qu’il offre. Le travail d’Herman de Vries porte également sur la perception des objets et leur rapport à l’espace, opérant comme un révélateur de celui-ci, insistant sur la réception du spectateur et son expérience spirituelle et corporelle à l’œuvre. Il cherche à provoquer des visions différentes et nouvelles, une réalité infinie et changeante. Par la suite, il a beaucoup travaillé à partir de végétaux. Ancien naturaliste, il cherche à évoquer l’universalité du paysage et la réalité primaire de la nature, lieu de création perpétuelle. On retrouve dans son livre une volonté de retour à l’essence des choses.
Peter Downsbrough est un artiste sculpteur se situant au croisement de l’art minimal et de l’art concret. Notes on location est un recueil de notes sur le lieu et l’espace, sujet qui n’a pas quitté son travail depuis. Il établit ainsi la base de son vocabulaire artistique, sobre et épuré, constitué de surfaces peintes, de mots, de lignes et de figures géométriques simples. La combinaison de ces éléments formalise des espaces structurés apportant une multiplicité de lectures. Son travail sur le lieu porte sur la position des choses et des gens, le déplacement et les expériences variées des espaces selon les cultures. Selon Peter Downsbrough, le livre est un espace architectural et sa lecture est l’expérience du mouvement dans cet espace. Ses multiples pratiques fondées sur la position et le cadrage interrogent le rapport à l’espace et au langage. Avant que les éditions Zédélé ne les rééditent, le livre d’ Herman de Vries, bien qu’il eut connu différentes versions et rééditions, et celui de Peter Downsbrough étaient introuvables.
Depuis 1971, les livres de Richard Long conservent les traces de ses marches dans la nature, non comme témoignage mais comme œuvre à part entière. Cet artiste est connu pour ses œuvres in situ, c’est-à-dire dans un lieu qui seul peut recevoir l’œuvre, lui donnant alors sens, contrairement à des œuvres qui se présenteraient aisément en galerie. Ses œuvres établissent une connexion entre l’art et la nature, il y cherche l’esprit des lieux. Il effectue également des relevés topographiques et il photographie son œuvre. Ainsi, chaque version d’une même action devient une œuvre indépendante ayant un statut différent. South America, en vente sur le site de la galerie Konrad Fischer à 250 euros, est un livre singulier dans la pratique de Richard Long. Il avait habitué son lectorat au livre de photographie et au livre ne contenant que des unités sémantiques. Cependant, ici, il s’agit d’un format carré qui ne contient que des dessins réalisés avec des matériaux trouvés lors d’une marche en Amérique du Sud. Ce livre est le bon exemple de la conception difficile et précise que peut nécessiter un livre d’artiste. Il est entièrement façonné à la main, dans une forme en accordéon dont chaque double-page est contrecollée à la précédente et à la suivante, le tout étant réuni par une fine bande de papier en guise de tranche. Complexe dans le choix du papier qui ne doit pas gondoler, l’éditeur a dû trouver un façonnier capable d’assembler manuellement l’ensemble des double-pages du livre, car pour reproduire à l’identique la technique utilisée pour la version de 1972, l’assemblage ne pouvait être fait en machine.
Enfin, grande figure de l’art conceptuel, Lawrence Weiner considère le langage comme médium principal de l’art. L’imprimé est donc essentiel dans son travail. Green as Well as Blue as Well as Red, au prix de 50 euros, est un livre particulier pour son auteur. C’est le premier dans lequel il combine mots et signes typographiques. Comme le titre l’indique, il traite de l’équivalence universelle des couleurs du point de vue des mots qui les désignent et de leur sens. En sa qualité d’ancien peintre, il s’agit pour Lawrence Weiner de remettre en question un rapport sensible, optique, à l’art. Son travail s’articule autour de différents médias, avec une prédominance pour les installations murales. Le langage est la base même de son travail et ses œuvres apparaissent souvent sous forme d’énoncés. Il s’attache au sens que confèrent les mots, à ce qu’ils déclenchent dans le cerveau humain. 
Dans chaque livre est présent un insert, rédigé par les artistes en relation avec les directeurs de collection et précisant le contexte dans lequel l’édition originale est apparue. Ces quatre premiers livres ont été accompagnés par de nombreux partenaires financiers : le conseil général du Finistère, le conseil régional de Bretagne, la DRAC de Bretagne (Direction Régionale des Affaires Culturelles), le centre d’art Passerelle à Brest, la galerie Konrad Fischer à Berlin, le CNAP (Centre National des Arts Plastiques). Le programme de 2013 est déjà lancé avec le projet de réédition du livre Soldier d’Emett Williams, qui faisait partie d’un ensemble de quatre projets publiés en 1973.
Le livre d’artiste est donc un livre produit par un artiste faisant l’objet d’une tentative de réflexion sur le monde et l’art. Déjà dans les années 1960, le livre était considéré comme un médium, qui n’appartenant pas à l’art, avait la possibilité de s’émanciper pour toucher un public non spécialisé. Les éditions Zédélé ont accédé à ce désir à travers la collection « Reprint ». C’est donc un projet fidèle aux idées des artistes des années 1960. Au même titre que la littérature, le livre d’artiste peut trouver sa place et se démocratiser. 
1 Edward Ruscha, in l’Esthétique du livre d’artiste, une introduction à l’art contemporain, Anne Moeglin-Delcroix, Le mot et le reste, Marseille, 2012. p.22.
2 Anne Moeglin-Delcroix, in l’Esthétique du livre d’artiste, une introduction à l’art contemporain, Anne Moeglin-Delcroix, Le mot et le reste, Marseille, [1998], 2012. p.19.
3 Docteur d’État és Lettres, anciennement chargée de la collection des livres d’artistes de la BNF et professeur de philosophie de l’art à l’université de Paris I-Sorbonne.
4 Seth Siegelaub, « Quelques observations à propos du soi-disant Art conceptuel », in. L’art conceptuel, une perspective – Exposition au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, 22 nov. 1989 – 18 fév. 1990, Paris, Musée d’art moderne de la Ville de Paris, 1989, p. 85.
5 Directeur honoraire de la bibliothèque du Museum of Modern Art de New York, créateur et responsable de la collection de livres d’artistes de cette bibliothèque.
Pour aller plus loin
Sites à consulter
Livre à consulter
  • MOEGLIN-DELCROIX Anne, Esthétique du livre d’artiste, une introduction à l’art contemporain, éditions le Mot et le Reste, Marseille, 2012, 400 pages, 65 €.

mercredi 5 novembre 2014

Le Livre d'Artiste suite 5

Pour vous parler du livre d'artiste depuis les années 1960, qui de mieux que la spécialiste reconnue: Anne Moeglin-Delcroix?


LE LIVRE D'ARTISTE EST UNE OEUVRE D'ART A PART ENTIERE
Véritable événement éditorial, la nouvelle édition de l’Esthétique du livre d’artiste 


Anne Moeglin-Delcroix inventorie trois décennies de mutation profonde dans les attitudes artistiques sous l’angle du livre d’artiste. Centré essentiellement sur les années 1960–1980, l’ouvrage recense près de 700 publications et 500 artistes. Mais au delà du livre de référence, cette publication vaut également pour la réflexion savante menée par l’auteure sur un genre loin d’être mineur.
Entretien avec Anne Moeglin-Delcroix.

D.S.: Qu’est ce qui caractérise ce que l’on nomme «Livre d’artiste » dans les années 1960, notamment par rapport à des ouvrages comme Jazz de Matisse?
A.M-D.: Avec Ed Ruscha et son Twentysix Gazoline Stations publié en 1963, nous entrons dans une opposition nette avec l’ouvrage de bibliophilie imaginé par les marchands de la fin du XIXe siècle où une gravure était en vis à vis d’un texte de poète. Le livre d’artiste tel qu’il apparaît soudainement en Europe et aux États Unis est une œuvre à part entière. L’artiste met en page, compose le texte, décide du papier et réalise ou fait réaliser l’ensemble selon ses moyens. Nous ne sommes plus dans le bel ouvrage, luxueux, parfaitement relié. Le livre d’artiste peut désormais se rattacher au livre ordinaire dans son économie. Il est tiré à plusieurs centaines d’exemplaires et tend ainsi à s’inscrire dans le contexte politique du moment qui veut que l’art investisse les domaines de la vie. Son prix est souvent modique et il n’est pas signé. L’artiste cherche une large diffusion. Il affirme sa liberté envers le marché traditionnel.
D.S.: Quelles sont les figures essentielles qui ont conduit à l’invention du livre d’artiste?
A.M-D.: On oublie trop facilement qu’Yves Klein a fait ses premiers livres d’artistes en 1954. Dans les années 1960, citons Ben ou Dieter Roth qui réalise des dizaines d’ouvrages faits à la main. Il convient aussi de saluer une figure essentielle : Marcel Broodthaers qui va explicitement travailler sur l’espace artistique qu’est le livre, exemplairement illustré par son interprétation d’Un coup de dés jamais n’abolira le hasard. Mais de tous, celui qui a la plus profonde influence sur les générations suivantes reste Ed Ruscha.
D.S.: Est il possible de ranger les livres d’artistes dans de grandes catégories?
A.M-D.: Le livre remplit des fonctions très diverses : il va servir à archiver, à devenir une série, être le support d’une histoire, d’une utopie, d’une performance. Tout devient possible dans les années 1970, depuis des ouvrages assez complexes jusqu’aux publications faites à partir de photocopies.
D.S.: Vous semblez convaincue que le livre d’artiste est moribond…
A.M-D.: Oui, nous assistons à une nouvelle mode : des livres de luxe imaginés par quelques stars du marché avec l’aide de certains éditeurs. Ce sont des choses très chères mais sans intérêt artistique. Heureusement, je constate que certains jeunes artistes résistent à cette marchandisation.
D.S.: Quelle est aujourd’hui l’économie de ces livres d’artiste ?
A.M-D.: La folle spéculation sur ces livres d’artistes participe d’un double processus. Le premier, naturel, vient de la raréfaction de ces objets. D’autre part, de façon plus inquiétante, nous assistons à un phénomène spéculatif de la part des collectionneurs. Le livre d’artiste des années 1960–1970, longtemps délaissé par les institutions, est un des enjeux du marché de l’art contemporain. Évidemment, un fascicule acheté quelques dollars il y a vingt ans et qui se négocie aujourd’hui entre 6 000 et 10 000 dollars excite la fièvre du collectionneur.

LE QUOTIDIEN DE L’ART
Damien SAUSSET
QUOTIDIEN DE L'ART, 25 janvier 2012

mardi 4 novembre 2014

Exposition Enki BILAL


Oui il s'agissait de Bande Dessinée...mais pas que...oui, il a fait des films (3 longs métrages)...oui, ses albums récents ne ressemblent plus à de la Bande Dessinée...oui depuis 20 ans maintenant...    Oui, je suis d'accord c'est un emmerdeur culturel!
(dialogue imaginaire entre un visiteur et votre serviteur)





Nous avons le très grand plaisir d'accueillir une rétrospective de l'oeuvre d'Enki BILAL à l'Hôtel des Arts de Toulon.

Bilal  est l'un des dessinateurs les plus doués de sa génération, et donc de la mienne.  C'est un homme complexe qui prodigue un art engagé dans la société et même visionnaire de grands évènements récents.   Mais au lieu de gloser, je ferais mieux de vous faire la visite moi même, vous êtes mes invités...



samedi 1 novembre 2014

Le Livre d'Artiste ...Suite 4

Sortir d'un tropisme culturo-occidental, ou pourquoi toujours vouloir tout ramener à nous?




Nous avons toujours, nous occidentaux cette fâcheuse tendance à tout ramener à notre culture, à nos racines.

Et  pourtant, en élargissant notre champ de vision, dans de nombreuses cultures, écriture et art  ont pu se rejoindre…

Dans de nombreuses cultures, l’écriture, l’argile, le rouleau, le palimpseste, puis le codex  vont relever d’une démarche sacrée, d’une dévotion ou plutôt d’une volonté de conversion des incroyants.

Culture et sacré forment un vieux couple. L’écriture est une symbolique très forte dans le positionnement d’une société.  Très rapidement derrière l’écriture vient généralement le positionnement à l’image.

Dans l’occident médiéval comme dans le monde arabo-musulman, toute création est tournée vers Dieu…  Que ce soit  les premières enluminures des moines-scribes ou les magnifiques calligraphies de l’école de Bagdad  elles doivent illustrer le message du dieu et ses écrits.  Finalement que ce soit le lettré d’Arabie ou le moine dans son  abbaye, tous les deux ne font que célébrer par leur art, la gloire divine !




La pratique chinoise n’est pas si différente de la tradition de calligraphie arabe. Cette calligraphie est évidemment très antérieure  à nos traditions « méditerranéennes ».
Mais on peut y observer quelques traits communs comme cette méfiance vis à vis des représentations par l’image…   
« Seul Dieu a créé l’homme à son image »…et implicitement seul lui peut la reproduire.  La peur des grandes religions a été celle de la reproduction des idoles et le retour à des cultes païens.

Pour la civilisation chinoise la démarche est différente, il s’agit davantage d’un parcours individuel vers la perfection.

La « voie » chinoise est semée d’écoles, de savants  et bientôt d’artistes. Et autant les arabes mettent leur art dans la variété des calligraphies, l’artiste chinois recherchera quant à lui le geste parfait.  L’un est dans la forme, le second dans la technique.



La voie japonaise de la calligraphie est sur les mêmes exigences que celle des maîtres chinois en reprenant la tradition « Han » au travers des Kanji.
Mais l’originalité du Japon est de développer des formes d’art qui semblent échapper aux seuls caractères et aux missions sacrées. Il s’agit de l’Ukiyo-e, les images du monde flottant.
C’est une sorte d’humanisme ou plutôt d’hédonisme à la japonaise, la reconnaissance de la jouissance au travers de sujets multiples et qui donnent le reflet des plaisirs de la vie dans le Japon du XVII siècle.  Une certaine forme de liberté dans une société assez rigide par ailleurs.