dimanche 20 décembre 2015

Les enfants de Marine

Oui les chiffres des élections régionales sont impressionnants...

Mais en allant voir plus loin, ce qui est le plus préoccupant c'est le nombre beaucoup plus important de jeunes qui ont vôté pour le Front, et ça c'est le plus grand et le plus inquiétant succès de Marine Le Pen.

Que de nombreux vieux se réfugient vers le Front pour des raisons de peur ressentie, cela s'entend, que des mécontents profitent de ce parti politique atypique pour se défouler, cela peut se comprendre, mais que désormais des jeunes puissent le considérer comme une solution à leurs difficultés de vivre...c'est très préoccupant.
J'entendais l'autre jour à la radio un jeune type de 25 ans déclarait  "qu'il y en avait marre qu'on lui parle des atrocités de la dernière guerre à propos du Front, et que avec Marine, ce dernier n'avait plus rien à voir avec tout ça". La manoeuvre a donc réussi, la dédiabolisation a été efficace auprès de cette génération qui n'a pas connu bien sur la guerre, ni les 30 glorieuses, ni mai 68...mais le chômage et la crise!

Nous ne sommes pas assez méfiés de cette volatilité de la mémoire, comme si tout restait acquis (ne varietur). Bon, il faut retrousser nos manches, parlez aux jeunes, et surtout leur trouver de vrais solutions, et un avenir à défaut de rêves.
Finalement ce qui m'effraie c'est la coïncidence temporelle de ces jeunes gens qui partent en Syrie pour se trouver enfin, et de ceux qui suivent Marine, à défaut d'avoir trouvé un autre guide!

Serions nous coupable d'un défaut de transmission d'idéal?



jeudi 10 décembre 2015

Le chêne et le roseau...Marion Maréchal Le Pen et Christian Estrosi

Oui, je vous l'accorde, l'arbre a meilleure réputation, sa matière semble plus noble, et sa fière silhouette parait défier le temps. 
Illusion mentale, jeune padawan, cette apparence est trompeuse et elle a coûté tellement de morts au siècle précédent. 

Stalinisme, fascisme, nazisme, maoïsme...toutes ces pensées totalitaires ont démontré le danger des idéologues...ces gens dont la pensée était si pure et ardente qu'elle a entraîné derrière elle des générations de jeunes gens, avides d'idéal aussi pur!    Cela ne vous rappelle rien?

Certes nos hommes politiques suivent l'opinion, au lieu d'imposer leurs idées, mais est ce vraiment plus dangereux que ces gens fascinants qui ont le pouvoir des magiciens, ou plutôt celui des alchimistes de transformer de vieilles idées flétries, en idées neuves?

Donc oui, ce dimanche, je choisirai le roseau pour sa douce tendance à ne rien imposer, contrairement  au chêne dont l'apparente force constitue la réelle faiblesse.

Et, puis, quand est ce que nous serons adulte, pour enfin nous avouer que nos vies dépendent beaucoup plus de nos actions que de celles des politiques?

Halte à la pensée magique, préférons le roseau ESTROSI!

mercredi 2 décembre 2015

Une grande découverte dans le domaine de la Santé...politique!

La maladie d'Alzheimer est de nature virale...


A preuve 40% des toulonnais sont prêts à voter Front National aux prochaines élections!

VAR MATIN: Les 20 ans du Front National



Je voulais rappeler à mes chers concitoyens combien avait été calamiteuse cette gestion passée. Certes, la vitrine du Front a évolué, mais pas les idées et pas la base militante qui le compose. Donc, pour nous, notre responsabilité est de répondre à tous ceux qui disent: "il faut leur donner leur chance, essayons!"    Merci c'est déjà fait  et la ville a mis plus de 10 ans à s'en remettre.

Même si les programmes de droite ou de gauche ne vous semblent plus "attractifs", le programme du Front National est inapplicable...ils le savent...ce sont juste de vrais démagogues. 

Pour ma part, le choix est simple et clair: je voterai selon ma raison et mon coeur au premier tour et selon mon dégoût au second!  Mais je ne me déroberai pas dans une posture fière et stupide qui fera passer le Front!

dimanche 29 novembre 2015

Une pluie d'infos...ou comment ne pas se laisser submerger?

En ces temps de grand "décervelage" comment dirait le Père UBU, il faut une ou des lectures qui remettent l'esprit en place ou plutôt qui lui évitent les "fausses certitudes".



Il est urgent de lire ou relire aujourd'hui Levitt et Dubner...

Bon Dieu, mais qui sont ils donc?    Excellente question!





Ce sont tous les deux des dynamiteurs de certitudes. 2 ouvrages "Freakonomics" et "SuperFreakonomics"  leur ont permis de nous ouvrir le cerveau sur nombre de "conneries" qui nous sont servies chaque jour dans la presse et les media.  
L'aspect pervers de cette désinformation est qu'elle nous est apportée sous une forme pseudo scientifique: des chiffres, des courbes, des statistiques!





Je ne vous dis rien de plus, si ce n'est que vous sortirez plus averti et donc surement plus intelligent!


vendredi 20 novembre 2015

Il y a toujours de la lumière dans la nuit...

Pour sauver notre esprit et conserver du recul...



Comment ne pas demander à Pierre Desproges une aide,  plutôt qu'à un psy ou à un curé-rabin-imam

"Si c’est les meilleurs qui partent les premiers, que penser des éjaculateurs précoces?"


Georges Perec, lui, serait plus dans la réflexion:

"Où étaient les dangers? Où étaient les menaces? Des millions d'hommes, jadis, se sont battus, et même se battent encore, pour du pain. Jérôme et Sylvie ne croyaient guère que l'ont pût se battre pour des divans Chesterfield. Mais c'eût été pourtant le mot d'ordre qui les aurait le plus facilement mobilisés. Rien ne les concernait, leur semblait-il, dans les programmes, dans les plans: ils se moquaient des retraites avancées, des vacances allongées, des repas de midi gratuits, des semaines de trente heures. Ils voulaient la surabondance; ils rêvaient de platines Clément, de plages désertes pour eux seuls, de tours du monde, de palaces.
L'ennemi était invisible. Ou, plutôt, il était en eux, il les avait pourris, gangrenés, ravagés. Ils étaient les dindons de la farce? De petits êtres dociles, les fidèles reflets du monde qui les narguait. Ils étaient enfoncés jusqu'au cou dans un gâteau dont ils n'auraient jamais que les miettes."



Mais il est toujours bon de s'aider d'un philosophe: confions ce rôle à André Comte Sponville

"Ce n'est pas la foi qui pousse aux massacres. C'est le fanatisme qu'il soit religieux ou politique. C'est l'intolérance. C'est la haine. Il peut être dangereux de croire en Dieu. Voyez Saint Barthélémy, les croisades, les guerres de religions, le Djihad, les attentats du 11 septembre 2001...Il peut être dangereux de ne pas y croire. Voyez Staline, Mao Tsé-Toung ou Pol Pot...[...] Cela nous en apprend plus sur l'humanité, hélas, que sur la religion. "

vendredi 13 novembre 2015

Parfois la réalité est horrible! Nous devons y mettre des mots!


Tout paraît alors si dérisoire...petites querelles de nantis, autour d'une vie encore plus ou moins aisée...vision surréaliste d'une société qui ergote sur son idée du politiquement correct...pendant ce temps le son des kalachnikofs couvre celui du rock...mise en abyme! 

Putain, c'est vraiment la guerre!
Et, oui, plus de doute, Charlie n'était pas un mauvais rêve...les barbares sont là!

Nos pauvres mots ont pour l'instant peu d'impact...et pourtant, ce sont bien des mots qui ont manqué à ces enfants perdus qui croient que le paradis de demain va dépendre de l'enfer qu'ils répondront aujourd'hui. Depuis 2005, et même avant, nous savons qu'au moins une génération est perdue, et nous avons surement contribué à son isolement. 
Pas assez généreux, pas assez bienveillant, notre "vivre ensemble" n'était qu'une facade bien pensante. Et ces gamins perdus n'ont pas eu les mots et les idées pour apaiser les colères et les frustrations d'une vie sans horizon. Il n'y a pas que nous pour avoir allumé les braises, les crises venant du moyen orient ont piégées tous les discours: mêmes nos mots ont semblé creux. 

Pourtant, nous n'avons pas le choix: il faut y croire. la seule chance est de transmettre, de passer des idées, des valeurs, des découvertes, de reprendre nos espérances, de nous y accrocher. L'art, la culture, n'est pas un luxe, une vanité ou un privilège: c'est un bagage, un horizon, des lignes de vie.

Ce n'est pas en ce moment qu'il faut baisser les bras, accrochons nous les amis.
Ce n'est même pas un choix, c'est un devoir!      Vivons, mais ensemble!

A bientôt     GB

jeudi 29 octobre 2015

EDUARDO ARROYO ou La Force du Destin







Je vous propose une "pré-médiation":  regardez le diaporama de la visite de l'exposition "Arroyo" à l'Hôtel des Arts de Toulon   en lisant le texte ci-dessous...j'espère que cela vous aidera à entrer dans l'univers de cet artiste...Bonne visite!
Mais je ne vous ai pas mis toute l'expo...il faut venir...un peu de frustration ajoute à la découverte!





1Le jeune homme de 21 ans qui débarque un jour sur les trottoirs de Paris un matin de 1958 ne sait pas encore qu'il restera un éternel exilé.

Son avenir n'est pas encore tracé, et ses doigts maigres hésitent encore entre les dessins qu'il fait à la craie sur ces mêmes trottoirs et les petites peintures qu'il exécute dans des cafés embrumés.

Eduardo Arroyo est un révolté, contre sa famille, contre Franco et la bourgeoisie espagnole, mais aussi plus tard contre d'autres artistes, des peintres sans peinture comme Marcel Duchamp, ou des peintres qui peignent « hors société » et qui selon lui ne donnent que des fruits secs et sans âme.

Voici les premières clefs de la personne Arroyo : un artiste qui est né dans le franquisme et qui n'existe que par lui, que contre lui :
L'homme, quant à lui, s'intéresse à tout : amateur éperdu de littérature, amoureux de la photographie, passionné de cinéma...c'est un autodidacte protéiforme : la pire espèce !

Cette absence de cadre, de formation, de règles sera d'abord vue comme une faiblesse, il aura le culot d'en faire sa force...la force du destin.


Mais pénétrons dans l'Hôtel des Arts et commençons notre voyage sur le navire Arroyo.

Dans la 1ère salle une grande œuvre va immédiatement capter notre regard. Cette première posture d'Arroyo est pondérée par la présence en face de son autoportrait en Robinson Crusoé.


La représentation est celle de l'artiste en décalage :

  • cette première toile introduit sa façon très particulière de se représenter ; loin de rechercher une vérité plus qu'improbable, il nous propose un véritable rideau de fumée : l'accoutrement (sur d'autres œuvres celui ci sera discret, mais en l'occurrence l'artiste a versé dans l'outrance). Il daigne nous laisser la boîte de peinture.
  • Vous verrez qu'il a une attirance pour ces héros un peu pathétiques, un peu en dehors de l'histoire et de la société.
  • Sur le plan formel, on découvre également que seul, le personnage, l'intéresse, et qu'il se débarrasse assez vite du fond. Est ce un réflexe d'autodidacte qui évite de se confronter à des difficultés techniques ?
Sa narration peut évoquer un rapport assez difficile avec son statut d'artiste :

  • Robinson en est donc la parfaite conséquence de ce statut : c'est un isolement superbe, délibéré.
  • Certains éléments dans le personnage comme dans la forme nous donnent des pistes sur l'autodérision de l'artiste : cette tenue invraisemblable, cette pose des plus démodée, voire ridicule. C'est comme si Arroyo pressentait la vacuité de cette révolte.
  • Comme souvent dans ces périodes des années 60, les choix d'Arroyo sont simples, et même presque simplistes : les couleurs sont tranchées, violentes, les contours sont souvent mal définis.


Face à notre Robinson, une toile, très différente qui démontre un travail plus élaboré, sur les formes et les couleurs.
ces 2 tableaux sont pourtant de la même période (65-67), celle où forcément Arroyo et ses amis ne peuvent exister qu'en opposition, qu'en révolte contre les anciennes gloires de la peinture. c'est l'une des toiles de la série « Miro, refait », « les malheurs de la coexistence IV » où l'artiste reprend la forme et les couleurs d'une toile de Miro...il reprend le détail de la chaussure de Miro, et par un coup de pinceau magique il transforme cette scène onirique en un moment d'histoire : Kroutchev écrasant sa chaussure sur le pupitre de l'O.N.U. C'est un glissement phénoménal qui est opéré par Arroyo qui à la fois célèbre, détourne et critique Miro.


La reprise de « la nature morte au vieux soulier » de Miro est remarquable sur 2 plans :
  • la parfaite maîtrise d'Arroyo qui recrée parfaitement la tonalité de la toile, avec le chatoiement des couleurs et les distorsions de formes à la Miro,
  • l'introduction d'une narration qui reprend le thème du soulier pour le transformer en un « moment d'histoire »
Arroyo réussit à transformer « l'art pour l'art » en œuvre politique. Cette œuvre est au cœur de la résistance qu'est à son début le mouvement de la figuration narrative.


Dans son œuvre, à de multiples occasions, Arroyo exprime son admiration pour d'autres artistes ou écrivains qui l'ont précédé. C'est le cas pour van Gogh !

Le traitement pictural de Van Gogh est récent et il s'agit d'une épure, Arroyo va à l'essentiel. Il traite toujours de la solitude, mais aussi en l'occurrence de son « enfermement ».

Van Gogh est emblématique pour lui de cette effrayante idée du peintre maudit, qu'il synthétise dans cette maison Van Gogh qui ressemble à une prison, et dont la figure du peintre se heurte aux 4 murs...cette maison est vide...comme une impossibilité d'y vivre. Dans la forme c'est également le grand dépouillement du fond qui est monochrome et sans aucun ornement.
A chaque fois Arroyo rend un hommage ambiguë, certaines critiques se remarquent dans la forme et dans le détail.


En traversant le Hall, dans la salle 2, on va découvrir une deuxième période de l'artiste, avec une œuvre majeure de sa série « la force du destin » et encore un autre qui est un règlement de compte avec un des grands anciens : Marcel Duchamp. C'est l'oeuvre qui a servi d'affiche à l'exposition, ce qui n'est jamais neutre.

Si Arroyo s'en est pris à Miro pour sa légèreté formelle et ses choix esthétiques, il attaque Duchamp qui pour lui est le vecteur d'un superbe malentendu. Non seulement, Duchamp ne mettra pas fin à l'art bourgeois, mais pour Arroyo, il le conforte, en conceptualisant un « art à l'abri du temps ».

Arroyo et ses amis regroupés dans cette salle (Adami et Recalcati) ont décidé du meurtre symbolique de Duchamp. Il n'y avait pas d'autre réponse possible : Art contre Art, comme un corps à corps. Avec « Habillé descendant l'escalier », il attaque frontalement une œuvre qui a fait mal à Duchamp, une œuvre refusée en 1916 au salon des Indépendants, et qui plus est s'agissait d'une œuvre « cubisante ». Arroyo retourne l'arme du dadaïsme contre son propre inspirateur. La manœuvre est de taille.

Le tableau qui représente Eugène Criqui est également significatif de cette deuxième manière d'Arroyo : il reprend des codes de l'art pop avec un mélange peinture, photo et inscriptions, il introduit un « semblant de réalisme » avec cette ombre portée qui est des moins vraisemblables.
Dans cette période, sa colère ne s'adresse plus aux tyrans ou aux grandes figures de l'histoire, mais il s'intéresse à des « paumés » on dirait des « loosers » maintenant, ce sont des anecdotes, des héros de presse populaire, que le fameux destin a broyé sur sa route implacable.

La petite sculpture présente dans cette salle n'est pas en décalage avec l'oeuvre picturale, et les portraits de pierre, de fer ou de bronze viennent compléter en 3 dimensions la mise en scène d'Arroyo. Au passage, nous avions déjà aperçu une représentation de Mickey dans le Hall et au contraire des aplats de ses tableaux, Arroyo paraît désireux de donner une épaisseur, une matérialité aux personnages qu'il veut illustrer : idoles modernes ou anciennes, il rassemble des matériaux surprenants et il associe de la matière brute à de la matière recyclée. A y bien regarder, l'impression de naïveté le cède à un sentiment plus profond qui apparaît en 2ème rideau dans les expressions ou les regards de ses personnages minéraux ou ferrugineux. On sent que, pour Arroyo, la sculpture n'est pas une pratique secondaire, mais qu'il s'agit du même discours, et du même dialogue qu'il poursuit avec lui même au travers du portrait.

Avant de quitter cette escale amicale, il faut le travail de collage en éventail réalisé par Arroyo en mémoire de son ami le peintre Keizo Moroshita. Keizo a vécu avec Arroyo et Adami, en Italie dans les années 70. C'est un vrai compagnon, et cela même si les choix artistiques furent différents, Keizo est le souvenir d'une époque très riche et dense de la vie d'Arroyo. D'ailleurs, il a traité cette œuvre comme un programme de spectacle que l'on conserverait dans un tiroir perdu.


Nous reprenons notre route, et nos pas vont nous mener dans le vestibule. Là, nous allons retrouver cet attrait pour des arts ou des pratiques populaires. Avec « toute la ville en parle » il va créer une série digne du polar noir américain. Dans cette nouvelle forme de représentation qui se joue d'une autre représentation, le Cinéma, on trouvera souvent un personnage central qui est cerné par des figures et des ombres qui l'espionnent. Le tableau est conçu comme une mise en scène qui hésiterait entre le burlesque et le thriller. En fait toute la ville s'épie et s'observe,et la lumière du projecteur et les taches de couleurs vives sont là pour nous rappeler que tout n'est que spectacle.
Dans le film, le héros est un petit homme, discret voire falot, un comptable qui jamais n'a été à la lumière, et parce qu'il est le sosie d'un meurtrier, il se prend à être enfin regardé, observé, espionné...il vit !

Face à ce tableau,
2 autoportraits et 2 autres personnages mari et femme sont comme au spectacle : ils regardent le film !
Le peintre s'est représenté avec un visage totalement inexpressif, comme interchangeable...la seule différence est dans le couvre-chef, l'un est respectable, l'autre est un tarbouche qui donne une impression de déguisement. Le peintre est là comme un spectateur impuissant, et il ne peut réagir qu'en se fondant dans la masse avec cravate et chapeau mou, ou bien en se déguisant en arabe sorti d'un roman d'Agatha Christie. Au delà de ces apparences anodines ou a priori inexpressives, Arroyo a travaillé sur un ton uni et foncé assez solennel...costume et cravate sont là pour ajouter une impression de portrait « officiel ». Pour la petite histoire, le peintre déclare porter ce genre de vêtements pour être traité par la police, au cas où il serait arrêté dans une « manif »...toujours le côté « blouson noir ».

Et puis il y a ces deux portraits des époux Normand. Le peintre adore récupérer d'autres histoires, d'autres vies. Il achète de vieux albums de famille ou bien il les trouve, et il se les approprie. Comment fait il. Avec ses amis il avait ajouté des points de couleurs, comme pour bien démontrer qu'ils étaient peintres, et de grands peintres. Avec ces parfaits inconnus, il va patiemment éparpiller ses gommettes unicolores. La technique est « simplissime », mais l'effet est saisissant : ces portraits si conventionnels, dignes de ses autoportraits peints, deviennent une autre représentation. La force du bleu dense par rapport à la peau blafarde, d'un gris très pâle des époux Normand aboutit à transformer ces portraits de famille en une véritable œuvre du peintre.


La salle 3 marque un autre moment de la carrière d'Arroyo. La mise en page, ou mise en scène est plus complexe et les portraits deviennent de vrais rébus dont les réponses ne seront jamais publiées.

Dès qu'on entre, il est là, imposant...on tremble pour ce petit tabouret, la masse du bonhomme est écrasante...sans doute un hommage à son « poids » dans notre histoire contemporaine. Mais indifférent à notre surprise, cet homme est de dos à nous. Que fait il ?
Si on regarde bien, on s'aperçoit que le sol est en fait une palette. Oui cet homme c'est Sir Winston Churchill qui attend la mort en peignant... La mort ce pourrait être ce fond d'un vert glauque et profond qui va bientôt avaler le grand homme.
Les couleurs grise et vert sombre sont annonciatrices de la mort du grand homme. Elles donnent à cette scène simple et champêtre un contraste de gravité.

Chez Arroyo, les hommages sont plutôt rares et toujours à la frontière de la raillerie.
Même quand il rend hommage à ce qui est une référence pour lui, il ne peut pas s'empêcher d'y introduire des éléments critiques. Fernand Léger fait partie de ceux ci. Fernand Léger ne semble pas pour Arroyo avoir une œuvre éponyme, car il le représente avec des pieds d'une lourdeur de scaphandrier, quasiment des pieds-bots, mais pour un confrère, il daigne soigner les détails pour y faire figurer certaines de ses œuvres. Fernand Léger est montré assis sur une chaise qui n'a que deux pieds, comme si il y avait une grande fragilité dans tout cela...comme la fin de l'aire industrielle et donc une peinture qui peut s'avérer obsolète. Il comprend la démarche qui est allé du cubisme vers cette admiration devant la force du monde industriel...seulement Arroyo, l'engagé peut regretter l'absence de distance par rapport à cette force écrasante pour les masses. D'où cette chaise qui n'a que 2 pieds comme si Fernand Léger avait omis cette dimension nuisible du monde industriel.

Van Gogh, vient là comme une colporteur, un vagabond de l'art. Ce type de portrait chez Arroyo a toujours plusieurs sens, plusieurs objectifs. Certes il admire l'immense talent de Van Gogh, mais nous avons vu comme quoi son destin l'effraie à titre personnel : l'isolement, la pauvreté et la lisière de la folie.
Il y a également une autre peur chez Arroyo que va faire naître Van Gogh : une peur qui n'est pas directement à la vie de monsieur Vincent, non, c'est autre chose qui provient de la vie posthume de son œuvre. Toutes ces reproductions qui hantent les intérieurs modestes, tous ces tournesols qui sont plantés sur des bols, sur des nappes ou qui ornent des tee-shirts, voilà la vraie hantise d'Arroyo : la récupération de l'artiste par la société marchande la plus vile. D'où l'introduction étonnante de la réclame « mangez des sardines françaises ». Pire que cela, Van Gogh a perdu son statut artistique pour devenir un argument de vente . Cette banalisation relie Van Gogh à ce Milou qui vient de voler les saucisses : ce ne sont plus que 2 artefacts de la consommation de masse.


L'exemple même du rébus, c'est « la mort de Cléopâtre » où certes nous trouvons d'étonnants aspics volants, une ampoule, un annuaire et un téléphone posé par dessus.
Arroyo se sert plusieurs fois d'une ampoule dans ses œuvres...pour lui, elle semble représenter une alerte, comme une alarme. Ou alors, c'est l'ampoule allumée de « Silence, on tourne », car la vie et aussi donc la mort de Cléopâtre furent mélodramatiques. Ou alors, le détective Arroyo va faire la lumière sur ce mystère.
Cléopâtre a cru jusqu'au dernier moment pouvoir conquérir Octave-Auguste, mais celui ci n'est pas intervenu, il est resté « aux abonnés absents ».

Avant de prendre l'escalier d'assaut, il y a là une étrange sculpture. C'est comme l'âme même de l'Espagne : une âme pleine de panache, de fierté, de solitude et de pathétique. Don Quichotte.
Cette représentation possède une place importante pour Arroyo. Don Quichotte c'est le symbole du combat héroïque mais inutile pour sauver les valeurs d'un monde qui disparaît. C'est sans doute ce que ressent aujourd'hui Eduardo Arroyo. Techniquement, son personnage est réalisé avec 2 pierres du Leon, sa province préférée. Et puis, il y a le fameux plat à barbe en guise de haume. Sans doute, Arroyo se voit il dans cet idiot magnifique. Et je sens que vous allez me demander ce qu'il en est de cette mouche insidieuse, placée juste à côté du « chevalier à la triste figure ». La mouche représente depuis l'antiquité, un animal odieux, et qui par les grandes chaleurs peut harceler et rendre fou l'homme. Chez les Babyloniens, mais aussi dans l'Egypte ancienne, apparaît sous le nom de Belzébut, une sorte de divinité maléfique qui annonce le diable des religions du Livre. Or Belzébut signifie le « seigneur des mouches ».




La salle 4 est celle de l'écriture. Il y a, rassemblés là, tous ses maîtres, de Montaigne à Joyce, de Stendhal et Flaubert, à Tristan Tzara ou Walter Benjamin.

Les styles vont du simple dessin à des triptyques élaborés. Flaubert et Stendhal sont distingués et servent de centre de gravité pour cette salle. Le dessin et les couleurs sont d'inspiration Pop-Art.
Et sur ces portraits en gros plan, les aplats semblent encore plus frappants. Les couleurs chaudes disent tout l'intérêt porté par Arroyo pour ces grands écrivains. Les 4 ronds blancs marqués UpR mérite de s'y arrêter, car c'est l'illustration de cet esprit caustique qui ne sait pas, là encore, faire un compliment sans l'accompagner d'une petite réserve...comme pour modérer son enthousiasme.
Stendhal et Flaubert sont pour Arroyo des génies absolus de la littérature. Mais comme pour aussitôt tempérer cet excès d'enthousiasme, le peintre a placé aux 4 coins de chaque portrait les ronds blancs UpR. Pour ceux qui ont la mémoire des petites choses anodines de notre passé, c'est l'évocation des cachets d'aspirine usine du Rhône. Ces écrivains nous entraînent tellement loin dans l'intimité de nos êtres que cette aspirine devient nécessaire et salvatrice.

Un traitement particulier est réservé à James Joyce qui a droit à un dessin et à une lampe qui est le strict reflet du dessin. Arroyo retrouve les joies de la caricature et il sait parfaitement situer une personnalité en quelques traits. Joyce a une physionomie aussi carrée que son œuvre défie toutes les lois de la géométrie plane.

Walter Benjamin aussi reçoit un traitement de faveur, et sa silhouette élégante est triple, le noir et blanc annonce la tragédie qui a frappé cet exilé auquel s'identifie Arroyo. Son suicide à Port-Bou a frappé le peintre et l'a marqué. Dans le triptyque, le portrait est tronqué, à chaque fois, Benjamin semble fuir sa propre image. Cette gravure en eau-forte reste longtemps à nous obséder dans le passage, comme si l'acide nitrique avait tué cet homme là.

Les sculptures accompagnent les peintures et les dessins avec des portraits massifs, tous de face pour bien nous regarder. Mais ce ne sont pas des bustes pour la gloriole ou le simple hommage, non là encore, l'esprit corrosif d'Arroyo s'exprime par des associations aussi étranges qu'incongrues.

Associer le portrait de Dante au nom de Cyrano de Bergerac, ou bien est ce pour associer un « géant » de la Littérature à ce pauvre Cyrano qui serait tombé dans l'oubli total, si un certain Edmond Rostand n'avait pris la peine de s'en resservir à la manière d'un Arroyo qui récupère une ancienne photographie. Un génie et un oublié, est ce le pied de nez à l'histoire que souhaite faire le peintre. Par son art, il rectifie, il rattrape...

De même associer dans le même portrait l'immense Tolstoï, grand écrivain ayant vécu, et Bécassine, héroïne de fiction au caractère à la fois enfantin et ridicule ; quel étrange couple !
Quelle mouche du diable a donc frappé Arroyo. Là, il s'amuse à appareiller ces deux là, sans la moindre explication donner. Tolstoï, pour Arroyo, est finalement, peut être le seul qui n'aurait pas trouvé Bécassine ridicule, il a défendu la paysannerie russe, si exploitée, et encore davantage les paysannes. Ainsi, cette sculpture, en forme de saillie drolatique, ne serait pas dépourvue de sens à bien y réfléchir. C'est la force d'Arroyo de ne pas avoir de préjugé sur les objets culturels et symboliques qu'il assemble en tant qu'artiste.

Dans le Hall

Une fois l'escalier franchi, nous rencontrons un autre Arroyo, celui des collages, des photos retraitées. On l'avait déjà croisé en salle 2 avec ses amis : Keizo, Recalcati et Adami.
Mais là, ce sont des photos d'inconnus, de familles inconnues, de fêtes inconnues...comme des mondes qui renaissent par la seule volonté de l'artiste, des familles recomposées !

Sur le mur de gauche la série Sépia et la série Si : comme tradition (le mariage) et nostalgie pour le Sépia qui revient en arrière, comme un musée de la photographie.

Ce travail de collage qui pourrait sembler mineur, occupe une place importante dans l'implication sociétale qu'il entend donner à son œuvre. Il apprécie le travestissement, mais il sait aussi la partie de simulacre qu'il implique : voyez le mariage, semble t il nous dire qui n'est qu'une comédie (la série SI). La partie SEPIA nous démontre que notre refuge est la nostalgie...toutes ces photos, tous ces inconnus sont aussi notre histoire.

Sur le mur de droite, les zapatos et les sombreros : chaussures et chapeaux, qui sont les symboles dans l'âme espagnole de l'homme et la femme. Eternel combat des sexes, éternelles retrouvailles : la vie selon Eduardo Arroyo !

La salle 6

Dès l'escalier, il nous avait attiré ce portrait double, dans cette pose hiératique qui en impose. Tout comme Don Quichotte, la Dama de Baza est le cœur de l'Espagne, c'est un mythe, une légende et comme telle, elle rayonne sur la salle. Le fonds tapissé de rats c'est le signe des abysses, de l'insondable. Sur sa droite, il y a la scène légère mais tout aussi symbolique de la folie espagnole. Une petite anecdote peut en dire long !

De chaque côté des représentations radicalement différentes :

Carmen Amaya est une idole, elle a tous les droits, c'est une reine, comme celle qui lui fait face. Reine du peuple contre Reine de sang. Sardines contre Cheval, uniforme de parade contre robe à pois...décidément c'est bien une salle du trône !

Le tableau de Carmen Amaya est comme un résumé de la scène qui s'est déroulé au Waldorf Astoria, ce jour là. Tous les éléments concourent à célébrer les caractéristiques de la femme espagnole et surtout d'une danseuse de flamenco, sorte de paroxysme que la vision de cette femme passionnée qui s'affranchit des limites du bon sens et du bon goût. La robe est étalée sur le lit, grande tâche rouge à pois, Carmen danse, dans cette pose sensuelle que donne le flamenco...on pourrait entendre le martellement des talons sur le sol de la chambre.
Face à cette femme du peuple, libre et superbe, il y a cette femme-reine, dont la vie ne lui appartient pas. A tel point, que le peintre fait comme si, il ne voulait que célébrer le magnifique pur-sang, bicolore et improbable.

La salle 5 est toute emplie de fiction, mais au delà de la légèreté, il est des fictions qui sentent le souffre.

Avec Fantomas, la tête tombe mais le masque reste, c'est presque toute l'histoire d'Arroyo. La tête a un rire dérisoire, le masque du monstre est calme et déterminé.
Fantomas est un personnage romantique et monstrueux. Le romantisme passe par cette robe de femme sur le mannequin, et le meurtrier a fait tomber cette tête !
Les couleurs nous font hésiter entre le mélodrame et le grand guignol. Le masque inquiétant et le rictus de Fantomas nous attirent vers le côté sombre, tandis que cette tête qui tombe et semble enjouée nous ramène vers la dérision. La robe de femme, posée sur un mannequin peut évoquer la séduction et une certaine beauté maléfique de ce personnage.


Sherlock Holmes n'est pas un simple détective, c'est aussi un drogué. L'ambiguïté de Sherlock Holmes ce camé génial, champion de la déduction sous influence de morphine, est aussi le héros de l'Angleterre qui a su par la force et la ruse résister à toute sorte d'ennemis. La tête de Sherlock est faite en images qui célèbrent cette éternelle Angleterre. Ce héros est totalement asocial, et pourtant, par toutes ces photos, Arroyo nous démontre qu'il est devenu une icône britannique.


Un autre héros sombre est représenté dans cette salle par Arroyo c'est le personnage de Don Juan, avec son corollaire, son double Dona Inès...le vice et la vertu !
Don Juan est une marionnette, Dona Inès est une icône
Le vice est peint, la vertu est en photo.
La peinture serait elle viciée en son essence et la photo serait elle trahie dans ses usages ?
Don Juan est ridicule, personnage grotesque et enfantin, véritable obsédé sexuel qui cohabite avec le portrait virginal et sacré d'une Dona Inès déjà sanctifiée.


La Salle 7 est comme une conclusion, un paroxysme qui oppose la pureté « perdante » de « Kid Chocolate » et « la grande prostituée de Babylone » qui semble triompher à travers le globe.

Kid Chocolate représente parfaitement tous ces boxers et autres catcheurs qui peuplent le Panthéon imaginaire d'Arroyo. De son vrai nom, Eligio Sardinas Montalvo, merveilleux poids plume au style élégant. Le Kid était aussi élégant à la ville, avec une garde robe de 150 costumes. Il a sa statue à l'entrée du Madison Square Garden de New York. Arroyo, prend beaucoup de soin à raviver ces héros oubliés, il les célèbre en toute majesté dans la force de leur sport.

Immense rébus ou fresque symbolique qui reprend tous les codes, toutes les époques, cette grande toile est une œuvre effrayante et tragi-comique. La grande prostituée c'est avant tout la ville, la société. Arroyo retravaille sur cette peur de l'argent, de la corruption de son art, et sur toutes les menaces qui sous de nombreuses apparences, telles les têtes de l'hydre, vont troubler la sérénité de l'artiste. Autant de couleurs, autant de personnages,

La salle 8 a aussi pour intention de résumer ce parcours, avec toutes ses pratiques, tous ses supports et tous ses grands thèmes.

Dès l'entrée Dona Inès nous surprend et nous glace le sang, cette vierge d'un blanc immaculé, et les traces de sang et son cœur nous donne le ton de la tragédie. Face à la porte, la forme d'un chapeau mou est le portrait d'une époque et du mythe de l'espion. 1943, en pleine guerre, au cœur d'Istanbul éclate l'affaire Cicéron : le collage crée l'ambiance et donne l'exotisme.

Sur le mur du fond, comme le pendant à Dona Inès, voici la princesse d'Eboli qui est prisonnière dans son temps et son château. Les couleurs et la mise en page de la scène sont trompeuses, c'est sous une forme assez tragi-comique que la scène est présentée. La princesse est comme déformée par son propre handicap, dont le bandeau sur l'oeil devient aussi sa prison. Effarante solitude de l'intelligence et de sa beauté. Être en avance sur son temps, c'est être monstrueux !
Comme Dona Inès qui pour avoir été trop vertueuse et fidèle à son amour, mourra de chagrin. Sa seule victoire sera d'entraîner Don Juan dans le remords et la mort. Son corps, d'un blanc virginal et pur, est cousu de petits cœurs rouges, faisant contraste avec cette implacable cage de fer.

Aux murs de cette salle il y a aussi l'affaire Cicéron...sombre affaire d'espionnage, et d'agent double ou triple, qui illustre encore les masques, les mensonges et la duplicité des hommes. Arroyo est observateur mais aussi moraliste. Les photos qui illustrent l'affaire ne sont pas forcément très précises, leur utilité est de créer l'ambiance de ces années 1942, 1943. Sur l'une des œuvres, Arroyo de recréer l'ambiance du Bosphore, avec des navires de guerre, qui peuvent dater de cette époque et avec quelques marins. Quelques dames en tenue de plage illustrent le mythe de la femme fatale et des espions. Sur l'autre oeuvre, les photos n'ont vraiment rien à voir avec l'affaire Cicéron, mais elles relatent l'Espagne profonde avec des vues de montagne (les Pyrénées), un chemin qui s'enfonce dans un canyon (el camino del rey), ou encore des églises imposantes et des scènes de campagne...donc un détournement de sens complet pour donner l'illusion d'images d'époque. L'idée de falsifier une histoire de mensonges et de tromperies a du beaucoup plaire à Arroyo.

L'affaire de Cocklane est d'une origine très différente. Eduardo Arroyo raffole de ces territoires où réalité et fiction s'entremêlent. L'affaire de cocklane est un vrai bonheur pour l'artiste et j'ai trouvé cela pertinent de terminer cette visite sur cette peinture.
Nous sommes comme au Théâtre, d'ailleurs cette maison maudite et hantée a été comme une scène pour les londoniens du 18ème siècle. Au début c'est une simple histoire de dettes qui tourne mal. L'homme est emprisonné, sa femme va mourir dans une grande misère. L'homme réapparaît et il prétend que la maison de Cocklane est hantée par son épouse pour se faire plaindre et gagner quelques pennies.
Tout l'univers Arroyo est là : les indices qui nous sont laissés, le personnage qui espionne, même les lunettes sont « habitées ». Une vaste escroquerie, un complot, beaucoup de mensonges, et une vérité qui n'est pas bonne à dire. Le monde des semblants et des faux-semblants. Les couleurs sont théâtrales, tout comme les habits : mesdames , messieurs, vous êtes bien au spectacle, le spectacle de la vie.

















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dimanche 25 octobre 2015

Culture et Management Chapitre 3

L'objet culturel est particulier, si atypique...il n'est pas "facilement" un paramètre de gestion: il doit pourtant être intégré dans une réflexion de type "utilitaire" sans perdre pour autant sa "qualité" d'objet unique. C'est le premier défi de cette approche!

Le second est plus consensuel, c'est même le point de rapprochement; ces 2 mondes si différents ont une caractéristique en commun: la nécessité d'un public!

Que les mots soient variés: clientèle, spectateurs, lecteurs, auditeurs, etc...cela reste avant tout un public; un ensemble de personnes qui ont des exigences particulières par rapport à un objet, qu'il soit commercial ou culturel.


Chapitre 3    Le ou les publics sont au coeur de notre réflexion



Le Public c'est l'un des paramètres les plus importants, si c'est le projet existe c'est pour lui. Le public est à la base de tous, et il est également le juge final de votre projet.

Mais c'est le paramètre le moins constant, c'est même une variable. Vous devrez toujours garder en tête que le public est l'élément le plus difficile à cerner.

Tout d'abord cette notion de public dépend de celui qui l'observe.

Pour vous ce sera bien, le ou les publics,
pour le marketing, ce sera la cible,
pour la collectivité qui vous emploie ou vous soutien, ce sera l'usager
pour votre comptable ou votre banquier, ce sera la trésorerie,


Pour vous, le public représente à la fois la finalité, mais c'est aussi un sujet d'étude.

Contrairement à votre objet culturel, le public lui varie, change de goûts, et vous allez être obligé de trouver sans cesse les meilleurs procédés pour le connaître.



- Rappelez vous des différents positionnements de la culture! -
Dans le cadre pédagogique, le public est « captif », scolaires, apprentis, étudiants, stagiaires il y a donc peu d'efforts à produire pour « travailler » les terres (le public).

Dans ce cadre, la communication doit plutôt s'adresser aux prescripteurs (parents, professeurs, et autres éducateurs en tout genre)
Cours, ateliers, conférences, etc.


Dans le cadre de l'action culturelle (mét. Chimique) le public n'est pas captif mais il est soumis à la symbolique du lieu et à la rareté de l'objet culturel et il est sensible à une communication centrée sur la qualité de ces 2 éléments.

La communication devra comprendre des supports emblématiques.

Expositions, spectacles, etc.


Dans le cadre de la médiation (met. Socio) le public est aussi acteur il est souvent parti prenante du projet culturel. Il sera motivé par l'ouverture du projet et les aspects de découverte de nouveaux horizons.

La communication devra s'appuyer sur les réseaux et le bouche à oreille




Le public n'est pas un ensemble homogène -



Les goûts et les couleurs... parfois, rien n'est plus faux qu'un adage, et en l'occurrence c'est le cas!

Bourdieu, dans « la distinction » a bien séparé la culture « haute », de la « culture populaire ». il explique cette hiérarchie par l'habitus, sorte de nuage d'expériences, de capillarité, de transmissions qui entoure un individu et lui donne son « univers » culturel.


Cette notion a considérablement évolué avec les comportements desdits individus dans la société. Tout comme pour l'objet culturel, les concepts les plus étroits ne s'appliquent plus et les pratiques se croisent: tel amateur d'opéra jouera avec délice à des jeux video apparemment très éloignés de la culture haute, etc.
L'individu devient morcelé, croisement de mondes autrefois hermétiques, et porteur d'une incohérence apparente...mais qui sait désormais être « consommateur » et « esthète » en matière de culture.

Il ne s'agit plus uniquement de goûts généraux et prédéfinis, mais bien d'une consommation avec des motivations variables:

le ludique
le convivial
l'esthétique
l'appartenance
la valorisation
la « fanitude »
familiales (pédagogique)
universitaires (idem)
professionnelles


Il ne s'agit donc plus d'un déterminisme purement social, et il ne peut être non plus question d'une libre détermination de chaque individu; c'est un entre-deux, fait d'envies parfois contradictoires (ou plutôt peu cohérentes) et de quelques lignes fortes qui résultent de son environnement.


Il y a eu plusieurs phases de prise en compte des publics:

la démocratisation de la culture

sur ces aspects, je donne la parole à Olivier Donnat (ministère de la culture)

« Le ministère français des Affaires culturelles, quand il fut créé en 1959, sest vu confier comme principale mission de « rendre accessible au plus grand nombre les œuvres capitales de lhumanité et dabord de la France », ce qui plaçait demblée la question du public au cœur de la politique culturelle. Pendant de longues années, le projet de démocratisation a servi de légitimation à laction des pouvoirs publics en matière culturelle : élus en charge de la politique culturelle, responsables d’établissements, artistes, etc., tous faisaient référence certes avec plus ou moins de lyrisme ou de conviction à lexigence de démocratisation pour justifier leurs choix ou préciser le sens de leur action. Puis, le vent a tourné, le souffle de lhistoire est passé et ces dernières années, le terme a totalement disparu de la rhétorique ministérielle au profit dautres thématiques, celle de la diversité culturelle notamment. »
En y réfléchissant c'était très « agricole » et un brin « chimique », car je fais une offre culturelle, elle est forcément bonne, mais le peuple n'a pas l'idée ou les moyens d'y accéder.
Cette approche a montré ses limites
et surtout la société ayant évoluée (mai 68, etc.)
les modèles artistiques et culturels en ont pris un coup. Les esthétiques, les références, les supports et la consommation culturelle ont considérablement changé.

« ...Notre propos nest pas ici de revenir sur cette question, mais juste de souligner qu’à nos yeux lobjectif dune telle politique, loin de se limiter à la seule promotion de loffre proposée par les institutions culturelles dans une perspective de formation des « spectateurs de demain » ou à la stimulation du potentiel créatif des enfants et adolescents, doit concerner lensemble de la production culturelle dhier et daujourdhui, dans toute sa diversité. Comment l’éducation artistique et culturelle pourrait-elle aujourdhui esquiver les débats sur le statut désormais incertain de l’œuvre dart et sur la pluralisation des instances de légitimation en restant prisonnière dune conception de la culture limitée aux seules grandes œuvres de lart et de lesprit, définie en opposition par rapport aux produits culturels marchands8 ? Et surtout comment pourrait-elle faire limpasse sur le rôle que jouent dans notre société les « usines du rêve » pour parler comme Malraux ? »

« ...Loin de nous lidée de contester la nécessité de transmettre les références nécessaires à la compréhension des œuvres de la culture classique à des jeunes générations de moins en moins armés pour les « lire » en raison du recul concomitant des humanités dans les programmes scolaires et de la religion dans l’éducation familiale ; loin de nous aussi lidée de nier que la création contemporaine, plus que tout autre forme dexpression, appelle un travail dexplicitation et de sensibilisation préalable pour être appréciée comme œuvre, quil sagisse darts plastiques, de musique, de théâtre ou de danse. »

- vers une appréciation plus grande du public, des publics qui a coincidé avec des offres beaucoup plus diversifiées...efforts de Jak Lang vers des arts des rues ou des pratiques émergentes.
Mais même en brassant large et en essayant de s'adapter aux remous et aux vagues de la société, l'acteur culturel doit admettre que l'action culturelle ne porra jamais atteindre tous les publics et que pour avancer il est désormais nécessaire d'envisager des actions moins globales, moins militantes, mais davantage ciblées.

C'est là où nous rejoignons la notion de projet culturel:
Désormais, il faut redéfinir les rapports avec le ou les publics pratiquement sur chaque projet...faire du cousu-main...d'où l'importance de ce paramètre du projet.

Et finalement comme le perçoit Olivier Donnat, il s'agit de...
« Mettre les outils du marketing au service dune diversification des publics

La mise en œuvre dune telle politique, qui dépasserait les déclarations dintention et les expériences ponctuelles sans lendemain, constitue à l’évidence un défi de taille. En effet, combien de lieux de spectacle vivant ou de musées ne disposent daucune structure en charge des publics ou, quand elles en ont une, considèrent leur activité comme un simple volet de lactivité de communication, confondant relations publiques » avec « relations avec le public » ? Quelle est la proportion d’établissements culturels disposant dun personnel qualifié capable non pas de « faire du marketing » mais dutiliser efficacement les outils du marketing au service des missions figurant à leur cahier des charges ? Par exemple, pour sen tenir à des considérations très opérationnelles, combien dentre eux tirent pleinement profit des potentialités offertes en matière de connaissance des publics par les logiciels de vente de billets ou de gestion des abonnements ? »

Un spectacle ou un atelier de qualité peut laisser totalement indifférent le public qui y assiste!


Mais vous remarquerez vite que la notion importante et centrale, et que soit la sensibilisation, soit la consolidation d'une pratique culturelle demande une réflexion attentive sur la pertinence de l'objet en rapport au public. (exemples d'erreurs d'objet par rapport au public)

de la difficulté du périmètre de l'enfance

de la difficulté de cerner les « vieux »